Article lu : la situation en Italie

La décrue commence à se dessiner dans les hôpitaux italiens

Jérôme Gautheret

Effet du confinement, le nombre de patients en soins intensifs est en légère baisse, de même que celui des nouveaux cas diagnostiqués

Bien sûr, la situation reste catastrophique et l’épidémie de Covid-19 continue à faire des ravages dans les plaines du Pô, principalement en Lombardie. Avec 16 500 victimes et des milliers de morts invisibles, non comptabilisés faute d’avoir été pris en charge par le système hospitalier, le Covid-19 provoque une véritable hécatombe dans le nord de l’Italie, dont l’ampleur réelle ne pourra être appréhendée qu’au sortir de la crise.

Cependant, depuis quelques jours, et de façon insistante, les bilans quotidiens de la protection civile italienne donnent enfin quelques raisons d’espérer. Lentement mais sûrement, une tendance à la décrue se dessine, après deux semaines terribles. Dimanche 5 avril, le bilan quotidien des hôpitaux italiens faisait état de 525 morts, soit le total le plus faible depuis le 19 mars, et si, le lendemain, le chiffre est reparti à la hausse (636 décès), il reste sensiblement inférieur au plus haut de l’épidémie (969 victimes comptabilisées en 24 heures le 27 mars).

Milan inquiète

Pris isolément, ces chiffres ne suffiraient pas à dessiner les contours d’un véritable commencement de détente. Mais dans le détail, d’autres indicateurs semblent enfin s’améliorer. Ainsi du nombre de patients en soins intensifs, qui n’avait jamais véritablement baissé depuis le début de la crise et a commencé une très légère décrue (170 patients de moins en trois jours), laissant espérer une tension un peu moindre dans les salles de réanimation. Ou, mieux encore, le nombre de nouveaux cas diagnostiqués (3 599, selon le bilan du 6 avril), qui n’a jamais été aussi bas depuis trois semaines et avait atteint un pic de 6 500 cas le 21 mars, avec un nombre inférieur de tests réalisés.

Un mois après le confinement du nord du pays, suivi de la progressive mise en place du même dispositif sur l’ensemble du territoire national, les effets des mesures décidées par le gouvernement Conte commencent enfin à se traduire dans les courbes statistiques. Dans les zones les plus durement touchées par l’épidémie (la Lombardie et les provinces avoisinantes d’Emilie-Romagne, du Piémont et de Ligurie), le système hospitalier continue à souffrir d’un engorgement tel que les hôpitaux, obligés de se concentrer sur les cas graves, déplorent une mortalité particulièrement élevée. Alors que les informations les plus terribles provenaient de l’est de la Lombardie (provinces de Bergame et de Brescia), c’est désormais la ville de Milan elle-même qui inquiète le plus : depuis le 1er avril, les services de l’état civil de la commune y recensent plus de 100 morts par jour, soit le triple de la mortalité habituelle.

Dans le reste du pays, les hôpitaux ont eu le temps de s’adapter à la menace, et ont pu procéder aux ouvertures de lits nécessaires en vue d’un pic qui, pour l’heure, n’est jamais arrivé. Si bien qu’après le temps de la sidération, le gouvernement commence à évoquer une « phase 2 », dont la chronologie et les contours restent particulièrement flous. La perspective d’un allègement, même partiel, du confinement reste lointaine. 

Les premières ouvertures en ce sens, évoquant le début mai, se sont heurtées à un tir de barrage des médecins et des syndicats, et le premier ministre, Giuseppe Conte, a martelé lundi qu’« alléger maintenant les règles serait irresponsable ». Mais les premières hypothèses de sortie de crise commencent à être dessinées.

Sauver les petites entreprises

L’obligation du port d’un masque (ou, à défaut, d’un foulard ou d’une écharpe) pour les sorties en est le préalable indispensable : suivant la région Vénétie, qui l’a rendue obligatoire dans les commerces dès samedi, la Lombardie et la Toscane ont annoncé des mesures équivalentes ces derniers jours. Les tests, identifiés comme un enjeu décisif dans la perspective d’une reprise d’activité, restent la principale faiblesse du dispositif italien, et l’augmentation des capacités du pays sur ce front sera un des enjeux majeurs des prochains jours.

Mais, dans tous les cas, il faudra du temps : lundi, le gouvernement a procédé à l’annulation de l’examen de fin de terza media (l’équivalent italien du brevet, organisé au terme de la troisième année de collège), et précisé les concours de la maturita (le baccalauréat italien), qui sera allégée à l’extrême, se limitant à un oral qu’il serait possible d’effectuer à distance si les centres d’examen ne peuvent pas être rouverts en juin.

La véritable urgence, en dehors du monde sanitaire, concerne le sort des millions de petites entreprises italiennes, à l’arrêt depuis un mois et pour encore de nombreuses semaines. Pour garantir des liquidités, le gouvernement Conte a annoncé, lundi 6 avril, un effort sans précédent, avec des garanties sur les crédits pouvant aller jusqu’à 400 milliards d’euros, qui viennent s’ajouter aux 350 milliards déjà prévus quelques jours plus tôt dans le décret « cura Italia ».

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.