Article lu : Naples et la solidarité

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Naples solidaire face aux carences de l’État et au pouvoir de la mafia

En ces temps de déconfinement, les Napolitains sont de plus en plus nombreux à braver les interdits et à descendre dans les rues. Mais Naples est un peu particulière avec ses petits « vicoli » qui s’enlacent, ses commerces qui grouillent et ses habitants qui s’entraident depuis le début de la crise du coronavirus.

 Les paniers solidaires fleurissent dans les vicoli de Naples, "celui qui peut donne, celui qui ne peut pas prend"

Le siège de l’association Vico Pazzariello ne fait pas plus de 30 mètres carrés à l’angle d’un vicolo du cœur battant de Naples. C’est une petite maison typique avec un étage en mezzanine. À cette heure-ci – il est midi – Massimo, qui vit au siège de cette association de théâtre de rue, est aux fourneaux. Et, bien sûr, il cuisine des pâtes « avec ce qu’il reste du ragoût d’hier car nous ne jetons rien, nous cherchons toujours à tout recycler ».

Je cuisine pour les personnes qui n’ont rien, les clochards… et maintenant pour beaucoup de familles qui ne peuvent plus manger.

Massimo apporte ensuite ses pâtes à quelques dizaines de mètres de là, chez Angelo Picone, le fondateur de l’association Vico Pazzariello, qui a eu l’idée de créer les paniers solidaires sur lesquels est écrit « Celui qui peut donne, celui qui ne peut pas prend ».

En arrivant au pied de l’immeuble d’Angelo Picone, nous rencontrons Govin. Il est déjà en train d’attendre ! Govin vient ici récupérer à manger depuis un moment ; cela a commencé bien avant le début de la crise sanitaire : « Moi, je préférerais pouvoir acheter tout seul sans avoir besoin de demander quelque chose, dit-il, un peu fatigué. Mais je ne demande même pas, ils me l’offrent spontanément… » 

Le panier à peine vidé, voilà qu’Aldo, 79 ans, un passant qui avance à petits pas avec son chariot, s’arrête. Il ouvre la corbeille et dépose des pâtes, du poulet, du fromage : « Je pense que c’est un devoir d’aider ceux qui en ont besoin, dit le vieil homme, caché derrière un large masque. Je le fais plus souvent depuis le Covid, je sens que je dois le faire et par chance je peux le faire. » Et Aldo remercie à son tour Angelo Picone et sa femme Pina Andelora pour leur idée des paniers solidaires.

Angelo, dit le « Capitano », comble un vide

À Naples, la pauvreté est certes plus importante que dans le reste du pays, mais les aides promises n’arrivent pas assez vite dans les poches des plus démunis. Les paniers solidaires ont donc immédiatement bien fonctionné. Grâce à ceux qui donnent, bien sûr, mais ceux qui prennent ont été de plus en plus nombreux.Angelo Picone, pourtant, est un peu amer :

« Nous ne voulons pas nous substituer à l’État, c’est clair depuis le début. C’est juste un signe, c’est symbolique. »

Les personnes plus vulnérables peuvent être exposées au chantage des mafias.

Angelo et Pina se disent un peu fatigués, ils ne peuvent pas faire plus. « Si on a lancé les paniers solidaires, c’est parce que la Caritas [organisation caritative catholique, ndlr] a cessé de distribuer des repas », explique Angelo qui garde un sourire enfantin en pensant au succès de ses paniers.Personne à la mairie ni à la région n’a remercié Angelo pour son initiative. Les autorités locales sont absentes, selon lui, et pourtant la mafia profite de cette situation de crise. Même le ministre du Sud et de la Cohésion territoriale Giuseppe Provenzano le reconnaît : 

Selon le ministre, l’État a cependant répondu présent : « Lorsque les mafias ont lancé leur propagande – même sur les réseaux sociaux – en proposant des aides alimentaires aux familles en difficulté, nous avons mis en place des bons alimentaires. » Dans le cœur de Naples, personne ne dit avoir vu la mafia, mais l’État ne doit pas baisser la garde et même anticiper la réaction des mafie pendant la longue période de crise qui s’annonce. Car, le ministre le dit lui-même, « les mafie savent parfaitement s’adapter et profiter de ce genre de situation… »




SOURCE : FRANCE INTER, Bruce de Galzain

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